mardi 12 juin 2007
Exorciser nos démons
[…]
Quarante pour cent des voix =
80% des sièges !
Nous
dénoncerions pareille anomalie démocratique si elle se produisait par exemple
en Russie. Pourquoi donc serions-nous contraints d’accepter en France semblable
archaïsme ? Les électeurs n’ont plus guère le choix à quelques jours du
second tour de ces élections législatives : puisque ce mode de scrutin, le
pire qui soit dans un pays démocratique, débouche sur une telle aberration, ils
doivent le corriger afin d’éviter une nuée UMP, quoi qu’ils aient voté à
l’élection présidentielle. S’ils soutiennent le nouveau président de la
République, c’est d’ailleurs leur intérêt. L’histoire montre que toutes les
assemblées monolithique, de la « Chambre introuvable » de 1815 à celle de 1993, en passant
par la « Chambre bleu horizon » de 1920, finissent mal et entraînent
le pouvoir dans leur impopularité, puis leur chute. Le Parlement est, par
définition, un médiateur, un intermédiaire entre le peuple et le souverain. Or,
si ce « ses de décompression » saute, la société se retrouvera soit
avec un souverain qui se substitue au peule, soit avec un peuple qui affrontera
le souverain…dans la rue.
Quand le vote parlementaire
devient une simple formalité, quand l’approbation automatique remplace le débat
contradictoire, la rue devient Parlement de substitution, les révoltes jouent
le rôle des débats de censure devenus sans intérêt dans une Palais Bourbon tout
bleu. Voilà précisément ce qu’il faut éviter. La seule solution ?
Réinjecter du pluralisme et de la diversité dans une Assemblée nationale qui,
sinon, deviendra caricaturale, sinon grotesque. Insistons une fois
encore : les plus éclairés des électeurs sarkozystes devraient contribuer
à ce souffle démocratique.
[…]
Maurice
SZAFRAN, Marianne n°529 du 12 au 18 juin 2007





