mardi 4 décembre 2007
INDIGESTION
Comment peut-on encore tomber malade aujourd’hui quand L’Etat
et les publicitaires sont aux petits soins pour nous et font assaut de
prévenance ? Au point que cette attention portée à notre intégrité
physique devient un rien agaçante. Cela avait commencé au siècle dernier avec
le port de la ceinture de sécurité en voiture, vivement conseillé avant de
devenir obligatoire puis sévèrement réprimé en cas d’infraction. Avec des
résultats incontestables mais en écornant au passage la liberté individuelle.
Forte de ce premier succès, la bonne conscience étatique n’allait
pas en rester là. L’alcool et le tabac ont donc fait l’objet de son encombrante
sollicitude. On peut encore consommer le premier « avec modération »-
mais cet étrange laxisme ne saurait durer- tandis que la
dangerosité du second
a vertigineusement cru avec les ans. Hier il nuit gravement à la santé. Aujourd’hui,
il « tue », ou bien il « provoque un cancer mortel ».
Poursuivant sa croisade thérapeutique, le Léviathan s’est fait tutélaire et s’est penché sur le contenu de nos assiettes. Plus moyen de regarder la télé ou de baguenauder en ville et de saliver en paix sur les produits proposés à notre appétit sans qu’aussitôt survienne le redoutable et récurrent rappel à l’ordre : gare au gras, au salé, au sucré ! Reprendre une rondelle de saucisson ou de la crème caramel deviendra bientôt un acte d’un rare incivisme.
Observant scrupuleusement cette ascèse, vous pensiez être
devenu un citoyen modèle et en avoir
terminé avec les terribles commandements
de la bonne santé obligatoire et républicaine ? Que nenni, il vous faut
maintenant éviter de « grignoter ». En attendant la suite. Profitez-en,
vous pouvez encore picorer. Trop, c’est trop. L’indigestion, nous guette ?
Que les pouvoirs publics développent la prévention, voilà qui est fort bien. A
condition de le faire intelligemment et non pas sous la forme de ce rabâchage,
de ce décervelage, qui relèvent davantage d’une mauvaise propagande que d’une
information argumentée délivrée à des consommateurs responsables. L’Etat a déjà
fort à faire. Qu’il ne se mêle pas, en plus, de jouer les diététiciens.
Jean-Pierre LANSKIN, édito L’Est Républicain du dimanche 02 décembre 2007




